Eux
Les mains araignées et l’œil furet, la tenue tendue de raptus chroniques, la posture mi-assise mi-flottante, le tendon aux aguets, les ischions drillés, le souffle mordu jusqu’aux infimes petits vagissements étouffés comme autant de synapses cognées, les voici, paire de princes du son, duo de mages musiciens mettant au monde ce qui avant Eux ne s’entendait. C’est parce qu’ils sont ce qu’ils sont et font ce qu’on entend que la musique est l’art parmi tous propageant sens et délices, plongeant racines instantanées au plus profond de nous. Sacrés inventeurs de ce qui est tu dans l’audible. Merlins de ce qui dans le son est inouï, enchanteurs de nocturnes sublimement indécents, masqués d’improbable, les voici, le temps d’un cliché, sautants sur la plage du tempo, rebondissants virtuoses de leurs compos, fabricants postures portées, mesure par mesure, en glissades déferlantes aux doux enfers du rythme, magistraux, nous donnant sans jamais étancher notre soif d’airs. Rien de ce qui est de la corde ne leur échappe ou plutôt la corde toute, par la grâce des dieux qui vident la nasse du monde des fades mélodies d’avant Eux et massent d’ombre et de lumière les leurs, données à toute la terre ronde. Voilà quatre mains, quatre yeux et quatre cœurs au moins qui, la chamade battue, ne se contentent du soupir pour renaître et donnent à entendre le rêve de ne plus écouter le monde que par Eux.
Pietro Pizzuti
Bruxelles 21 juin 2007 |